Les suites pour le Souper interculturel

Vous avez été nombreuses et nombreux à nous demander si le Centre de femmes l’Érige tiendrait la 3e édition de son grand souper interculturel. Nous prenons aujourd’hui le temps de vous écrire afin de vous expliquer pourquoi cet événement n’aura pas lieu cette année.
Nous vous demandons de prendre un moment pour lire ce message jusqu’au bout.
Au Centre de femmes l’Érige, notre travail ne se limite pas à organiser des activités. Chaque jour, nous accompagnons, soutenons, écoutons et défendons les droits des femmes : de TOUTES les femmes.
Depuis plusieurs années, nous travaillons avec rigueur et conviction afin de faire de notre centre un espace sécuritaire, inclusif et accueillant, particulièrement pour les femmes racisées, musulmanes, immigrantes et celles vivant différentes formes de discrimination et d’oppression. Pour ce faire, notre équipe s’est engagée dans un processus constant d’introspection, de réflexion et de formation afin de mieux comprendre les réalités vécues par les femmes et de faire en sorte que nos pratiques incarnent concrètement nos valeurs de justice sociale, d’inclusion et d’égalité. Nous avons également adapté nos règlements internes et nos façons de faire afin d’assurer non seulement l’inclusion, mais aussi la sécurité de chaque femme qui fréquente notre milieu et nos activités.
Or, nous devons constater avec inquiétude que les dernières années sont marquées par une banalisation grandissante des discours haineux, racistes et xénophobes. Des propos et des comportements qui auraient autrefois été dénoncés ouvertement trouvent aujourd’hui davantage d’espace et de légitimité dans l’espace public et politique. Cette réalité nous préoccupe profondément.
L’an dernier, 258 personnes se sont réunies à l’occasion de notre grand souper interculturel. Nous avons constaté l’ampleur de la participation et l’intérêt suscité par cette activité. Cependant, à la suite d’une réflexion approfondie sur le contexte actuel et de plusieurs échanges avec des femmes directement concernées, nous devons reconnaître une réalité importante: notre petite équipe de trois travailleuses ne dispose pas, à ce jour, des ressources nécessaires pour assurer pleinement un environnement sécuritaire pour les femmes, les familles et l’ensemble des communautés qui prendraient part à l’événement.
Et pour nous, cette sécurité ne se négocie pas.
L’équipe du Centre refuse catégoriquement que des personnes participant à nos activités aient à subir quelque forme de violence que ce soit, même celles qui se manifestent de manière plus insidieuse, sous couvert de maladresses ou de «bonnes intentions», comme les microagressions.
Pour nous, la sécurité ne signifie pas seulement l’absence de gestes violents. Elle implique aussi que chaque personne puisse participer à nos activités sans craindre les jugements, les regards hostiles, les propos discriminatoires ou le sentiment de ne pas être pleinement la bienvenue.
Notre décision ne remet aucunement en question l’importance des rencontres interculturelles. Au contraire, nous croyons profondément à la richesse de ces espaces de partage, de dialogue et de solidarité. C’est précisément parce que nous croyons à leur importance que nous refusons de les organiser sans pouvoir offrir un cadre réellement sécuritaire aux femmes qui y participent.
Cette décision n’est pas un recul. C’est une prise de position claire et responsable.
Nous refusons de fermer les yeux sur le contexte actuel. Nous refusons de faire comme si tout allait bien lorsque certaines femmes portent encore, au quotidien, le poids de la peur, de l’exclusion ou de la violence.
Cela ne signifie pas que nous cessons de créer des espaces de rencontre et de solidarité. Au contraire. Nous continuerons à développer des initiatives à plus petite échelle, fidèles à nos valeurs, où chaque femme pourra se sentir accueillie, respectée et en sécurité.
Construire des espaces réellement inclusifs et sécuritaires est une responsabilité collective. Plus que jamais, nous croyons qu’il est nécessaire de dénoncer la haine, de défendre la dignité de toutes les personnes et de continuer à bâtir des communautés solidaires, humaines et profondément engagées envers la justice sociale.
Merci à toutes les personnes qui comprennent cette décision et qui continuent de marcher à nos côtés.
La solidarité demeure plus nécessaire que jamais.

